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Nos grands fleuves en bref – septembre 2017

Changement de statut juridique du Gange, de la rivière Yamuna et du Whanganui

En mars dernier, l’Inde et la Nouvelle-Zélande ont accordé le statut juridique d’ « entités vivantes ayant le statut de personne morale » à certains de leurs fleuves et rivières sacrés. Le Whanganui en Nouvelle-Zélande, ainsi que le Gange et son affluent la rivière Yumuna en Inde sont concernés par cette avancée majeure.


Quels changements ce statut introduit-il ? En faisant partie de la catégorie la mieux protégée dans la hiérarchie juridique, le fleuve obtient un droit à réparation en cas de dommages volontaires. Des gardiens du fleuve seront nommés afin de le représenter légalement devant la justice. Depuis 1870, la tribu maorie Iwi souhaitait la mise en place de ce statut afin de préserver le fleuve Whanganui, long de 170 km.

Des conséquences financières et une prise de conscience sociétale

Ce choix représente une réelle prise de décision écologique de la part de la cours de justice indienne et du parlement néo-zélandais. Par la suite, la tribu des Iwi a reçu près de 20 millions d’euros pour améliorer l’état du fleuve. En dédommagement des préjudices subis par les activités menées par le passé, 52.2 millions d’euros ont également été reversés aux Iwi.

En Inde, la cours en attend une responsabilisation de la population vis-à-vis de l’environnement. Dès juillet 2017, Brij Khandelwal, un activiste écologique a ainsi signalé à la police indienne le « meurtre » de la rivière Yamuna. Une mousse blanche, produite par la saturation de composants chimiques, recouvre les eaux, formant un environnement dans lequel ni plantes, ni poissons ne peuvent survivre hormis quelques bactéries, les plus résistantes. La pollution n’empêche cependant pas les Hindous d’y plonger pour se purifier.

Cette décision pourrait donner lieu à des évolutions juridiques ailleurs dans le monde. En Australie, plusieurs communautés Aborigènes appellent à une consultation de grande ampleur sur le bassin du fleuve Murray-Darling. Le fleuve est au cœur du mode de vie de ces communautés, tant au niveau culturel qu’économique. A ce titre, ces dernières s’estiment légitimes pour parler au nom de la rivière, et la défendre. Le plan de gestion du bassin du Murray Darling n’ayant pas été capable, à ce jour, de prendre suffisamment en compte leurs besoins, ces communautés autochtones appellent à consacrer davantage de ressources (à commencer par une plus grande volonté politique) dans la protection du fleuve et des peuples et cultures Indigènes qu’il contribue à nourrir.

Le droit au secours du fleuve ?

Les contestations de ce nouveau statut n’ont pas tardé à apparaître. En Inde, l’Etat de l’Uttarkhand a fait appel à la Cour Suprême Indienne, pour dénoncer un statut juridique « juridiquement non viable ». Des questions demeurent également quant à son application : en cas de procès, à qui doit incomber la responsabilité de payer les dommages et intérêts ?

De plus, cette évolution ne résout pas les problèmes de gouvernance qui affectent tous les fleuves de la planète. Des sommes importantes ont été investies dans la dépollution du fleuve Yamuna depuis 1985, et l’attention portée à cette question est majeure au niveau politique, juridique, et médiatique. L’action publique, partagée entre une vingtaine d’Etats et agences fédérales gouvernementales, demeure encore largement inefficace.


L’échec annoncé du Murray Darling Basin Plan ?

Dans son dernier rapport, sorti en juin 2017, le Wentworth Group of Concerned Scientist affirme qu’aucune amélioration n’est notable quant à la santé du plus grand réseau hydrographique d’Australie, cinq ans après la mise en place du Plan de gestion du bassin du fleuve Murray-Darling (MDBP). Le MDBP est un accord historique bipartite (entre Etats et gouvernement fédéral) régulant l’utilisation des eaux du bassin.

Le rapport alerte sur la nécessité de mettre en œuvre une refondation profonde du MDBP, faute de quoi le plan risquerait de se solder par un échec. Les volumes d’eau disponibles ne permettent pas la protection des « actifs environnementaux » clés prévus par le plan. Le rapport appelle les pouvoirs publics, associés au MDBP, à augmenter d’un tiers le volume d’eau dédié à l’environnement pour améliorer la santé du fleuve. Il met également en avant les conséquences socio-économiques négatives de ce plan sur de nombreuses communautés rurales. Les scientifiques recommandent que 600 millions de dollars soient alloués à l’aide des communautés rurales en difficultés. Selon le Dr Jamie Pittock, les principales questions concernent l’indépendance des sondages réalisés, l’absence d’un contrôle adapté de la mise en œuvre du plan, le possible accaparement de l’eau dédiée à l’environnement par certains dirigeants politiques, ainsi que le manque de gouvernance inter-étatique constructive sur la conduite du MDBP.

Un nouveau rapport socio-économique sur le bassin à destination des pouvoirs publics verra le jour en décembre 2017 et sera décisif pour stabiliser les objectifs environnementaux.


Des voix se lèvent contre l’utilisation abusive d’engrais chimiques dans le delta et la vallée du fleuve Sénégal

La Fédération Nationale pour l’Agriculture Biologique tire la sonnette d’alarme face à cette pratique répandue de l’agriculture conventionnelle dans la vallée du fleuve Sénégal. Actuellement, la production agricole du bassin du fleuve Sénégal n’assure que 15% de la demande au Sénégal. La consommation de riz est en grande majorité assurée par les importations en provenance d’Asie du Sud-Est (80% du riz du Sénégal).


Afin d’atteindre l’autosuffisance, les producteurs se tournent en priorité vers l’accélération des rendements permis par l’agriculture conventionnelle, faute de solutions plus durables techniquement et financièrement accessible pour y parvenir. Les préoccupations sanitaires et environnementales sont souvent reléguées au second plan.

Outre les risques sur la santé des consommateurs comme sur l’environnement, la Fédération dénonce le fait que l’agriculture conventionnelle participe à la dégradation de la biodiversité animale et végétale. Source d’aggravation du réchauffement climatique, elle contribuerait de plus à 12 à 30 % des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale.

La Fédération Nationale pour l’Agriculture Biologique souhaite interpeler le gouvernement mais surtout les paysans sur la possibilité de mettre en œuvre une agriculture alternative pour des rendements similaires. Pour la FNAB, la monoculture du riz dans le delta doit laisser la place à d’autre type de cultures plus à même de préserver des sols aujourd’hui largement dégradés.


Un navire part en mission pour sauver le Saint Laurent

Dans le courant de l’été 2017, des chercheurs ont embarqué sur un voyage de 1000 kilomètres sur le Saint-Laurent afin de comprendre les raisons pour lesquelles l’état du fleuve s’est détérioré au cours des dernières années. A bord du navire de recherche de l’Université du Québec à Trois-Rivières, le Lampsilis, les scientifiques ont analysé la présence de rejets dans l’eau, parmi lesquels les coliformes fécaux provenant des eaux usées des villes, les pesticides et autres produits issus de l’agriculture, et les produits pharmaceutiques.


L’état du fleuve changeant très rapidement, cette mission est cruciale pour l’avenir, les données recueillies devant servir à éclairer les décisions prises. Une aide financière de 110 000 $ est allouée à la mission par le Réseau Québec Maritime, une structure créée en 2016 et financée par le gouvernement du Québec. Ce dernier a d’ailleurs accordé 1.8 millions de dollars aux missions du navire dans son dernier budget.

Pour aller plus loin :


Delta du Mékong : de nombreux défis liés au changement climatique

Une conférence s’est tenue le 14 juillet 2017 à Cân Tho au Vietnam sur des solutions au changement climatique dans le delta du Mékong. Elle était organisée par le ministère du Plan et de l’Investissement et la Banque mondiale au Vietnam. La région souffre actuellement de sécheresse, d’intrusion saline, de pénurie d’eau douce et d’inondations. L’industrialisation du pays, le système de transport limité et l’urbanisation anarchique sont autant de problèmes aggravant la situation. De plus, un manque de coordination entre les localités du delta ralentit les réponses données aux changements climatiques.

L’ancien ministre des Ressources naturelles et de l’Environnement met l’accent sur la nécessité de plans d’aménagement prenant en compte les nouveaux enjeux climatiques. L’ancien vice-ministre de l’Agriculture et du Développement rural insiste également sur les problèmes liés à la construction de centrales hydroélectriques sur le Mékong et l’exploitation des eaux souterraines et du sable.


La construction d’un système d’écluses est pour lui nécessaire sur les rivières Tiên et Hâu afin de gérer leur débit et limiter le risque d’inondation. Une agriculture plus raisonnée des terres doit être envisagée afin d’étudier de nouvelles variétés adaptées aux changements climatiques, nécessitant moins d’eau par exemple.

En parallèle se sont tenues les Journées de Tam Dao, du 7 au 15 juillet à l’Université de Can Tho. Autour du thème « Fleuve et deltas en Asie du Sud-Est », cette université d’été a proposé une formation méthodologique d’analyse en sciences sociales à des chercheurs, étudiants et acteurs publics et privés du sud-est asiatique.

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