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Les fleuves sont à la peine

Interview d’Erik Orsenna, Président d’IAGF

Il faut agir maintenant c’est-à-dire rapidement et ensemble, en se tenant la main 

En organisant la 7eme session d’IAGF en France, dans le bassin Adour-Garonne, quel était votre objectif ?

Les experts d’IAGF au chevet de la Garonne : conférence publique le 15 octobre, à Toulouse

Le bassin Adour Garonne manque d’eau. Elle se fait plus rare, plus variable et on lui en demande de plus en plus. En prenant l’exemple de ce bassin qui sera le plus impacté en France par le changement climatique et en apportant les témoignages de nos experts internationaux aux parties prenantes locales, IAGF poursuit sa mission d’alerte et de facilitateur de solutions, sur ce sujet-clé du stress hydrique et de la nécessaire adaptation territoriale de la gestion de l’eau.

 

Dans quel contexte s’est tenue cette nouvelle session ?

Partout dans le monde, du fait du dérèglement climatique mais aussi de l’urbanisation accélérée, les fleuves sont à la peine. Le Rhône, que je connais bien, voit d’année en année son débit s’affaiblir. Combien de temps pourrons-nous compter sur son cadeau, cette formidable énergie renouvelable qu’on appelle hydroélectricité ? Ailleurs, en Australie, un marché des droits d’eau existe depuis plus de 10 ans pour réguler les usages mais d’autres réformes, technologiques et politiques, vont être rapidement nécessaires pour affronter des températures à 50 °C.

Plus localement, nos travaux se sont ouverts à Toulouse alors que de dramatiques inondations s’abattaient sur l’Occitanie, après de longues semaines de sécheresse. Ceux qui ne connaissent pas les problématiques climatiques jugent ces situations contradictoires. En fait, elles constituent les deux versants de la même réalité : le dérèglement du climat. Les décideurs politiques du Sud-Ouest ont le courage d’affronter la réalité difficile d’aujourd’hui. Ils viennent de déclarer l’eau comme grande cause régionale et ont défini des priorités pour préserver la ressource et les écosystèmes. C’est le seul moyen d’éviter bien pire demain. Le rôle de notre association est d’accompagner ces initiatives afin que nos fleuves puissent être protégés et valorisés pour davantage de résilience.

Le politique est-il seul maître à bord pour mieux protéger et partager la ressource en eau ?

Non, bien sûr et il ne doit surtout pas agir seul ! À travers l’eau, nous abordons les questions clés de la démocratie et de son lien avec la république au sens propre, c’est-à-dire le projet commun. S’il n’y a pas de projet commun, la démocratie n’est qu’un moyen.

L’eau n’est pas uniquement un sujet technique. Elle pose toutes les questions du vivre ensemble. Première des matières premières, la plus nécessaire à la vie, elle est aussi le miroir de nos sociétés. Dis-moi d’où vient ton eau, qui la gouverne, à qui elle est offerte  de préférence, à quel prix et je te dirai à quelle civilisation tu appartiens et les mesures que tu devras prendre pour qu’elle perdure.

 

Réception à l’hôtel de ville de Bordeaux avant la restitution à Alain Juppé, le 19 octobre

Cette semaine a ainsi été l’occasion de réfléchir à l’avenir d’un bassin de vie, cet espace que traverse le fleuve et à sa gouvernance. Quelles priorités pour quels usages ? Quelles pratiques doivent changer ? Quels urbanismes être choisis ? Quels équipements décidés, quels investissements privilégiés ? Quels savoirs dispensés, dans les écoles et au-delà ?

La question de l’éducation me paraît fondamentale : nous sommes des enfants gâtés, nous qui pouvons facilement obtenir de l’eau en ouvrant un robinet. Nous devons en finir avec ces réflexes et faire prendre conscience aux usagers de l’eau de leur interdépendance.

 

Des propositions pour accompagner le changement

 

– Mettre en avant de la recherche

« Dans l’époque de métamorphose que nous vivons, il importe de comprendre ce qui se passe, en jouant la carte de la durée, de l’interdisciplinarité et de la communication sur les résultats. »

– Simplifier

« L’eau est le réceptacle de politiques sectorielles, agricole, industrielle, urbaine et souffre d’un système administratif complexe. Une bonne gestion territoriale de l’eau nécessite de la souplesse ; et aussi, une vision collective à long terme. »

– Unifier

« Il ne faut considérer qu’un seul fleuve, en tant qu’être vivant. Cette unité doit être géographique, mais aussi fonctionnelle. »

– Dynamiser

«  Il s’agit de mener dans le même temps trois transitions, énergétique, agricole et urbaine, qui sont étroitement liées. Des incubateurs sur l’eau, des start-up positionnées à des endroits stratégiques du territoire pourraient insuffler cette nouvelle économie. »

– Partager

«  C’est essentiel dans tous les domaines, en premier lieu pour répondre à l’urgence climatique en partageant les données. Le débat sur les retenues collinaires reste vif en Occitanie. Sur cette question, il faut dépasser les oppositions de principe et les solutions individuelles, fruit du laisser-faire. Au contraire, nous devons privilégier une maîtrise d’intérêt général et public de l’eau. »

 Échelonner

« L’échelonnement des projets dans l’espace et dans le temps, que ce soit pour l’irrigation, l’alimentation en eau potable des villes ou l’aménagement urbain, permet d’articuler au mieux et dans la durée les différentes ressources naturelles : eau, sol, biodiversité… »

– S’approprier pour partager

«  Force est de constater que la reconquête des rivages est à l’œuvre dans toutes les villes du monde. Les fleuves ont longtemps été artificialisés, car craints, et soustraits aux regards des individus, alimentant ainsi ces craintes. L’enjeu consiste désormais à faire l’inverse, en permettant la redécouverte des cours d’eau, en racontant leur histoire. Comprendre et faire comprendre pour créer de la confiance et agir de manière solidaire ! »

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