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La sécheresse va-t-elle tarir la viticulture ?

L’agriculture est en première ligne des préoccupations liées au réchauffement climatique. D’une part, car elle utilise 70% de l’eau douce sur la planète, qui va se raréfier, et est sensible aux conditions météorologiques. D’autre part, parce qu’elle fournit l’alimentation d’une population mondiale toujours en croissance.

L’agriculture doit faire évoluer ses systèmes de production pour utiliser durablement les ressources – sol, eau, énergie – et réduire les intrants (eau mais aussi engrais et produits phytosanitaires). Anticiper pour mieux s’adapter : c’est tout l’enjeu du secteur viticole dans le bassin Adour Garonne que les membres d’IAGF ont pu appréhender lors de la dernière session.Ce bassin comporte de nombreuses zones de viticultures (Bordeaux, Cahors, Cognac, Gascogne, Fronton, Gaillac, Bergerac, etc.). Avec 120 000 ha de vignes et une moyenne d’âge des exploitations de 36 ans, le vin reste un grand acteur économique et patrimonial de la région bordelaise.

Quel impact la hausse des températures aura-t-elle ? Va-t-on vers une irrigation des vignes ? 

La vigne a-t-elle besoin d’eau ?

Adaptée aux températures élevées, la vigne bénéficie d’une bonne résistance au stress hydrique. Traditionnellement, les vignobles bordelais par exemple ne sont pas irrigués et supportent donc très bien la chaleur. Pour 10 t/ha de raisins produits, seuls 300 à 400 mm d’eau sont nécessaires contre 5 000 l pour la culture d’1 kg de riz inondé !

La vigne est en effet capable d’aller puiser grâce à son système racinaire l’eau dont elle a besoin dans les profondeurs du sol. Toutefois, la quantité d’eau dont elle sera en mesure de disposer agit sur le potentiel de rendement et la qualité. Le raisin va mûrir dans des conditions plus estivales. Sa composition globale, les équilibres sucres/acides, composés aromatiques et phénoliques, dont dépendent le type et la qualité des vins produits, risquent d’être fortement modifiés. Trouver le bon niveau de contrainte hydrique est tout l’enjeu de l’adaptation au réchauffement climatique.

Les solutions pour demain

L’irrigation est vue de manière évidente comme un moyen efficace de pallier les sécheresses et peut, à court terme, sécuriser les rendements sans impact sur la qualité. De nombreux vignobles en France et dans le monde sont irrigués ou en passe de l’être ; la Société du Canal de Provence vient, par exemple, de conclure un partenariat avec les syndicats des vins des Côtes de Provence et des Coteaux Varois et les IGP du Var pour développer ses réseaux d’irrigation sur 20 000 ha de vignes, soit un investissement de 250 millions d’euros, payé en partie par la profession.  Mais, à long-terme, cette pratique seule est risquée : elle est soumise à des contraintes légales, est onéreuse et n’est pas durable alors que la tension sur la ressource en eau augmente.

Il faudra mobiliser et combiner plusieurs modes d’adaptation : sélection de nouveaux cépages et porte-greffe, modification des pratiques culturales (décalage des récoltes, évolution des méthodes de vinification…), attention à la qualité des sols et à la répartition spatiale : l’espacement des plants et la hauteur des rangs pourraient assurer un ombrage naturel des fruits qui supporteraient davantage la chaleur.

Développer une irrigation intelligente, mais pas seulement

Témoignage de Michel Delaere, propriétaire avec Isabelle Dupouy du Domaine Les Acacias, spécialisé en production de vin IGP Côte de Gascogne et AOC Armagnac à Bezolles (Gers).

 

« Les périodes de grande sécheresse que nous avons connues de 2011 à 2013 ont eu un impact sur la qualité de nos productions provoquant une perte de revenus. Cela a été le déclencheur pour réfléchir à une irrigation « intelligente » qui s’est concrétisée en 2015 par l’installation de 88 km de tuyaux en goutte à goutte pour un acheminement de l’eau de la rivière à travers les vallons jusqu’aux pieds des vignes. Cette installation, régulièrement contrôlée et capable de prédire les besoins à venir en eau et nutriments, nous a permis de renouveler 7 ha de vigne « nouvelle » et bio -sur nos 28 ha- pour remplacer la partie touchée par la sécheresse et les maladies du bois.

Nous sommes aussi passés à la taille mécanique pour aérer les grappes et leur offrir un feuillage plus dense apportant ombrage et protection des grappes contre la pluie et les rayons du soleil et libérant l’eau stagnante dans les grappes. À cela s’ajoute la plantation d’amandiers en culture biologique, mais aussi de moutarde bio pour protéger les vignes des fortes chaleurs, leur apporter les éléments nutritifs nécessaires à leur épanouissement. L’agro-foresterie favorise le bien-être des vignes, mais aussi le développement de la biodiversité (oiseaux, insectes …) et une protection naturelle vis-à-vis des vents forts ou de la pluie : un cercle vertueux en quelque sorte. Nous utilisons déjà depuis 17 ans des produits de biocontrôle pour protéger, entre autres, nos vignes contre les maladies. »

 

 

 

 

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