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Une crise de l’eau inquiétante en Irak

L’année 2018 a été marquée par une grande sécheresse en Irak, pays jadis riche en eau. Les effets du changement climatique sont visibles, avec une pluviométrie moins importante que les années précédentes et une forte augmentation des températures. Le réchauffement planétaire n’est pas seul responsable de la situation. L’instabilité politique, les conflits et le partage inéquitable des ressources hydriques dans la région ont créé cet état de pénurie quasi-permanent.

Une nouvelle guerre, celle de l’eau, se profile…

Des tensions exacerbées dans la ville de Bassora

C’est au sud de l’Irak, dans la province d’Al-Basra où l’exploitation pétrolière et l’agriculture sont les principales sources de revenus, que la situation est la plus critique. De nombreux agriculteurs fuient leurs terres pour rejoindre majoritairement Bassora et ses alentours, où les bidonvilles se multiplient.

La part de l’agriculture est passée de 43 à 26 % dans l’emploi irakien entre 1991 et aujourd’hui[1]. En cause : la raréfaction de l’eau, qui a connu son plus fort épisode à l’été 2018. Le Tigre et l’Euphrate, les deux principaux fleuves qui irriguent depuis des millénaires la Mésopotamie jusqu’au golfe arabo-persique, ont atteint leur niveau le plus bas. Les eaux salées sont remontées dans le canal Chatt-el-Arab, à la confluence, rendant l’eau impropre à la consommation, anéantissant les poissons et le bétail, appauvrissant les cultures. Dans certaines zones, la salinité de l’eau a été vingt fois supérieure à la moyenne, faisant craindre un nouvel exode.

Face à cette crise économique et sanitaire, des tensions sociales sont apparues dans la ville de Bassora. Des manifestations contre l’inaction de l’Etat et la pauvreté ont été organisées. La crise est profonde : l’Irak aurait besoin de 50 milliards de mètres cubes d’eau par an pour satisfaire ses besoins agricoles, domestiques et industriels, contre 30 milliards aujourd’hui. Cette eau provient quasi-exclusivement des fleuves, que ce soit pour l’agriculture, l’industrie ou les besoins domestiques. L’agriculture, qui emploie 80 % de l’eau en Irak, est la première affectée. Seul un tiers des terres arables du pays peuvent être exploitées.

Des barrages controversés

 

Au-delà de la raréfaction de la ressource, le problème est son partage entre les pays du Moyen-Orient. L’Irak souffre de sa position, en aval, et de l’absence de coopération sur la gestion transfrontalière du Tigre et de l’Euphrate. L’épineuse question des barrages en témoigne. Construits en amont – en Turquie, en Syrie, et en Iran – depuis les années 1960, ils impactent la disponibilité de la ressource en eau de l’Irak. Le « Projet d’Anatolie du Sud-Est », lancé en 1980 par la Turquie, en est un exemple marquant. Destiné à soutenir la croissance économique nationale mais aussi à asseoir la domination politique régionale du pays, il comprend la construction de 19 centrales électriques et de 22 barrages le long du Tigre et de l’Euphrate ! Tous les travaux n’ont pas été menés à terme mais la Turquie est en position de force, en contrôlant les sources et en refusant tout accord de répartition équitable des ressources. Le principal point de discorde entre les États est juridique : Ankara ne veut conférer aux fleuves qu’un caractère transfrontalier et non international, contrairement aux deux pays voisins. Sans un statut juridique clair et commun, le partage de l’eau restera difficile à établir.

Cette dépendance à la Turquie s’ajoute à d’autres difficultés, intrinsèques à l’Irak : les années de guerre ont fortement endommagé les infrastructures hydrauliques qui n’ont pas été entretenues ou modernisées depuis, en raison de l’embargo. Les gouvernements successifs n’ont pas mis en place de politique d’aménagement hydraulique volontariste.

La pénurie d’eau risque d’accentuer les tensions entre l’Irak et la Turquie, notamment autour de la construction du nouveau barrage d’Ilisu sur le Tigre. Ce projet suscite aussi une forte opposition à l’intérieur de la Turquie elle-même en menaçant d’engloutir la ville historique de Hasankeyf. Le manque d’eau risque aussi d’accroître les tensions entre communautés rurales et dans les villes, avec le déplacement de milliers de personnes vivant sur les bords des fleuves.

[1] Source : Banque Mondiale

 Pour en savoir plus sur la crise de l’eau en Irak : 

3 articles sur le site « Les clés du Moyen-Orient »

 

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