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Gange

Entre vous et moi…

Je prends ma source dans le nord de l’Inde, et plus précisément dans l’Himalaya, au cœur du glacier de Gangotri. Après un parcours de près de 2700 km et cinq États traversés, je me jette dans les eaux tumultueuses du Golfe du Bengale, rejoint en chemin par un autre fleuve mythique : le Brahmapoutre. Ah, j’ai oublié de vous dire : Gange est le nom que m’ont donné les hindous et qui tire son origine de la déesse Gangâ, fille du dieu de la montagne Himalaya !

Avec le Brahmapoutre, la Meghna et d’innombrables rivières secondaires, je forme le delta du Bengale, considéré comme le plus grand au monde (93 000 km2 environ). Mon bassin est l’un des plus fertiles et des plus denses puisque sur ses 2 millions de km², il abrite 500 millions de personnes et est à l’origine de plus de 40% du PIB de l’Inde.

L’une des particularités de ma gestion réside dans la pression exercée par les besoins croissants en eau et en énergie du pays, en imbrication avec les usages rituels et ancestraux autour de ma ressource sacrée. Noyau des croyances hindouistes, je suis en effet perçu comme une divinité vivante.

 

Dans l’intimité du Gange

  • Source : glacier de Gangotri, dans l’Himalaya
  • Embouchure : golfe du Bengale
  • Débit moyen : 200 m3/s à 6000 m3/s pendant la mousson
  • Longueur cumulée : 2700 km
  • Bassin versant : 860 000 km²
  • Pays traversés : Chine, Inde, Népal, Bangladesh
  • Principaux affluents : Gomati, Gandak, Son, Jamma, Yamuna, Gaghara, Kosi

Un peu d’histoire

  Selon le mythe, le roi Bagheeratha pria la déesse Gangâ d’apporter la prospérité à sa terre. Cette dernière exauça son vœu, mais craignant que les eaux ne submergent la terre, elle les mit dans les cheveux d’un dieu, Shiva. C’est de ses épaules que ces eaux s’écouleront en partie pour devenir le Gange.

 

J’abrite aujourd’hui Varanasi, la capitale de l’hindouisme. Mes rives accueillent  les principaux lieux de pèlerinages de cette religion (Haridwar, Allahabad, Varanasi).

Lieu de purification corporelle et spirituelle, nombre de rites me sont attachés. Mes berges (ghats) sont jalonnées de lieux de cultes et sont aménagées avec un accès direct dans mes eaux depuis la ville pour permettre ainsi la pratique des bains spirituels. Des pouvoirs de guérison me sont attribués tandis que la dispersion des cendres funéraires doit permettre de guider les âmes des défunts directement vers le Paradis.

 

Le Gange : un fleuve extrêmement pollué

Ma dimension sacrée, le développement économique non maîtrisé et la présence de villes très peuplées sur mes rives causent d’importantes pressions écologiques. La pollution met en péril ma biodiversité ainsi que la durabilité de mon environnement. Plus de trois milliards de litres d’eaux usées sont déversés chaque jour das mes eaux ! Outre les déchets solides…  Par endroit, aucune flore ni faune ne peut survivre. C’est le cas dans la Yamuna, mon affluent le plus important.

Les retombées sanitaires sur les populations sont notables et catastrophiques : en Inde, la principale cause de mortalité infantile est due aux maladies liées à l’eau, et de nombreuses affections telles que le choléra, la typhoïde et l’hépatite A sont très courantes sur le bassin du Gange.

Mes multiples usages  

L’irrigation comme premier usage

Mes eaux sont utilisées depuis toujours en grande partie pour l’agriculture (canne à sucre, coton, oléagineux). Grâce à la révolution verte mise en place par le Premier ministre Nehru en 1948, avec la construction de nombreux barrages de dérivation, l’Inde se place aujourd’hui au 1errang mondial pour la production de lait et de thé, au 2e rang pour celle du riz et du blé. « Tout le reste peut attendre, mais pas l’agriculture », avait-il dit…

L’agriculture représente le quart du PIB du pays et emploie plus de 60 % de la population active. Le pays s’est progressivement équipé en infrastructures d’irrigation performantes. Un progrès qui a aussi accentué les disparités entre petits agriculteurs, obligés de moderniser leurs infrastructures ou de quitter la campagne, et grosses exploitations, qui ont au passage contribué à la pollution de mes eaux par les engrais chimiques.

Hydroélectricité : des infrastructures nécessaires mais à fort impact sociétal et environnemental

En 2014, le Registre national des grands barrages recensait en Inde 4 845 ouvrages construits (pour la plupart suite à l’Indépendance du pays en 1947) et 347 en construction.

L’Inde a initié un vaste programme de rénovation des infrastructures hydroélectriques, notamment dans le Nord du pays qui souffre de pénuries fréquentes d’électricité. Le gouvernement indien a promis de raccorder tous les foyers d’ici à la fin 2018 mais l’objectif semble très difficile à tenir pour un pays où 300 millions de personnes n’ont aucun accès à l’électricité.

Les vastes programmes de développement de centrales solaires, nucléaires et infrastructures hydroélectriques ne suffisent pas pour le moment à satisfaire la demande. Et les grands barrages sont malheureusement souvent construits au détriment de l’environnement et des populations locales, contraintes de se déplacer.

Navigation, une exploitation différenciée

Avant le 19e siècle, j’étais une voie de navigation particulièrement développée, jusqu’à la construction des routes et le développement de l’irrigation qui a affecté ma navigabilité. Le Bangladesh et le Bengale Occidental m’utilisent cependant encore beaucoup pour le transport de marchandises.

 

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millions de personnes vivent dans le bassin du Gange

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du PIB indien est généré par l'agriculture

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fois : augmentation de la demande en eau des industriels d'ici 2030

Quel fleuve pour demain ?

 

Fleuve, attention danger !

Je fais partie des dix fleuves les plus menacés au monde. L’explosion démographique, la croissance économique, la modernisation de l’Inde et le réchauffement climatique risquent de ne rien arranger pour moi. Si tous ces phénomènes s’intensifient, la gouvernance pour un partage équitable de mes ressources et le contrôle de ma pollution deviendront de plus en plus difficiles, voire impossible.

L’installation de meilleurs systèmes de filtration des eaux usées va de pair avec la lutte contre la pauvreté. Le long de mes berges sont installés de nombreux bidonvilles sans accès au tout-à-l’égout. Quant aux pollutions industrielles, elles doivent être réglementées par des organismes régionaux et nationaux prêts à investir dans des ouvrages de traitement des eaux et des programmes de dépollution à long terme.

La création, du NGRBA* en 2013 et la prise de conscience de la crise écologique actuelle par les autorités me redonnent espoir. Après une longue période de modernisation anarchique, la conscience environnementale doit faire porter sa voix au même titre que le développement économique.

*NGRBA : La National ganga river basin authority est rattachée au Ministère des ressources en eau. Elle est en charge du financement, de la planification et de la mise en œuvre des mesures de protection et de dépollution du fleuve.

Aléas climatiques et pression sur la ressource

Selon un rapport publié par l’organisation 2030 Water Resources Group en 2009, la demande en eau des villes, ménages et agriculteurs indiens devrait doubler d’ici 2030, et celle des industries quadrupler. Mais en l’absence de changement dans la gestion de l’eau, l’Inde ne pourrait subvenir qu’à la moitié de ses besoins.

L’irrégularité des moussons et la forte croissance économique et démographique du pays entraînent des prélèvements incontrôlés des eaux de surface tandis que les pollutions rendent une grande partie de ces eaux impropres à la consommation. La gestion de l’eau pâtit de l’enchevêtrement des responsabilités entre les échelons de gouvernements nationaux, régionaux et municipaux.

Hydroélectricité : des enjeux géopolitiques importants

Les conflits liés au partage de l’eau entre l’Inde et ses voisins sont nombreux et ne feront qu’augmenter avec le réchauffement climatique. Le barrage de Farakka, qui fait déjà l’objet d’un contentieux avec le Bangladesh, devra être réaménagé d’une façon plus équitable si les conditions climatiques s’aggravent encore.

L’avenir de la région des Sundarbans

Sur une partie de mon delta, partagée entre l’Inde et le Bangladesh, les Sundarbans abritent une grande biodiversité : mangroves, palétuviers, 260 espèces d’oiseaux, derniers tigres du Bengale et nombreuses autres espèces en voie de disparition.

Cette région classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1987 et site RAMSAR (zone humide d’importance internationale) depuis 1992, fait face à de nombreuses menaces : pression démographique, assèchement et salinisation des terres, montée des eaux liée au réchauffement climatique. Dans le golfe du Bengale, celle-ci est estimée à plus de 3 mm contre une moyenne de 2 mm dans les autres océans…

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