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Le Rhône

Entre vous et moi…

Je prends ma source en Suisse dans le massif du Saint-Gothard et je me jette en Méditerranée. Je parcours 810 kilomètres, dont 72 km à travers le lac Léman et 522 km en France. Si j’ajoute que mon débit est impressionnant, allant jusqu’à atteindre les 1 800 m3/s, saurez-vous deviner qui je suis ? Le plus puissant fleuve français : le Rhône ! J’ai été dès l’Antiquité une voie d’échange et de commerce importante avant de devenir aussi une grande artère énergétique au XXème siècle. Impétueux, je suis souvent sorti de mon lit, causant d’importants dégâts. Les Hommes ont très vite voulu me dompter, me canaliser. Aujourd’hui, on veille sur moi pour préserver ma riche biodiversité et on valorise mes usages, pour que je continue à servir et développer les territoires que je traverse.

Fiche technique

  • Source : Glacier de la Furka, dans le Massif alpin du Saint-Gothard
  • Embouchure : delta de la Camargue – mer Méditerranée
  • Débit moyen : 1 800 m3/s
  • Longueur cumulée : 810 km
  • Bassin versant : 96 500 km2
  • Pays traversés : Suisse, France
  • Affluents : Arve, Ain, Saône, Isère, Ardèche, Drôme, Durance, Gard

Un peu d’histoire

Je suis né, il y a 55 millions d’années, de la création du sillon rhodanien : une immense entaille provoquée par l’écartement de la croûte terrestre. Après des épisodes marins, fluviaux et lagunaires, c’est l’assèchement de la mer Méditerranée, il y a 6 millions d’années, qui m’a permis de creuser mon lit. Il faudra attendre la fin du 19ème siècle pour que se produise ma métamorphose finale. Elle a pu avoir lieu grâce à un changement climatique (la fin du petit âge glaciaire) associé à une modification du contexte socio-économique (l’exode rural et la reforestation volontaire des montagnes) et à une rupture technologique (les hommes disposent désormais des moyens techniques pour me maîtriser en construisant  des ouvrages).

À l’époque gallo-romaine, nous formons avec ma petite sœur, la Saône, l’un des axes les plus fréquentés de l’empire romain après le Nil. Au Moyen-Âge, je transporte du sel, des métaux, du bois et des céréales.

Longtemps indomptable, mes crues ont causé de grandes inondations ravageant tout sur mon passage en 1840 et en 1856. Les hommes ont décidé d’engager des travaux destinés, dans un premier temps, à se protéger de ma furie, mais aussi, par la suite, à me rendre navigable. À partir de 1884, les ingénieurs en chef du Rhône, Jacquet et Girardon, perfectionnent les dispositifs de régularisation au moyen de traverses, digues, tenons, etc. À ces ouvrages s’ajoutent, à partir des années 1950, les aménagements hydroélectriques (barrage, centrale, écluse et digues) de CNR, la Compagnie Nationale du Rhône.

Un nouveau chapitre s’est ouvert depuis une vingtaine d’années, avec une attention particulière accordée à l’étude de mes eaux et la restauration de mes axes naturels.

CNR : un modèle unique au monde

Aménageur du bassin rhodanien depuis 1934, CNR s’est développée autour de la concession du Rhône dans le cadre de trois missions confiées par l’État: produire de l’électricité, développer la navigation fluviale et irriguer les terres agricoles environnantes. Elle a construit et exploite 19 ouvrages de production hydroélectriques au fil de l’eau. Elle gère un domaine fluvial et terrestre de 27 000 ha qui compte plus de 100 sites naturels préservés.

Dotée du statut atypique de société anonyme d’intérêt général, CNR cultive l’équilibre entre rentabilité économique et intérêt collectif, capitaux privés et publics, investissement et redistribution des profits. Elle mène notamment des Missions d’intérêt général depuis 2004, conjointement avec l’État et les acteurs du territoire, pour redistribuer la valeur créée depuis le fleuve aux territoires.

Mes multiples usages

Une puissante production hydroélectrique

Ma production d’énergie hydroélectrique dans mon parcours français varie selon les débits journaliers et saisonniers. Elle s’élève toutefois en moyenne annuelle à 14 900 GWh grâce à un ensemble de dix-neuf chutes aménagées au fil de l’eau. Avec l’aide des autres centrales, notamment alpines, nous fournissons 93 % de l’énergie renouvelable électrique, plaçant la France au 1er rang européen dans ce secteur.

La position dominante de mon bassin au niveau de la production électrique est confortée par l’existence de lignes à haute tension qui suivent la vallée et assurent l’interconnexion entre les divers sites de production.

 

Navigation : une alternative durable à la route

Avec la Saône, nous avons constitué de tout temps un axe majeur reliant l’Europe du Nord à la Méditerranée et donc, une formidable voie d’échanges. Au 19ème siècle, c’est le rail qui se développe et me fait connaître une phase de déclin. Il faut attendre les aménagements de  CNR qui ouvrent la navigation à grand gabarit sur 330 km, entre Lyon et la Méditerranée, pour relancer la navigation rhodanienne. Aujourd’hui, 18 sites industriels et portuaires maillent la Vallée du Rhône et le Port de Lyon manutentionne 12 millions de tonnes de marchandises par an.

 

 

 

Irrigation et autres usages industriels

J’irrigue, grâce à 40 prises d’eau, 120 000 hectares de cultures agricoles  pour une superficie irrigable totale de 190 000 hectares. 50 % des prélèvements en eau, réalisés sur mes affluents et mes eaux superficielles, permettent d’améliorer la productivité des cultures qui peuplent mes terres. Dans le département de la Drôme, 1er département agricole de la Région, 80 % des volumes d’irrigation agricole proviennent de mon cours et de celui de  de l’Isère.

L’agriculture en vallée du Rhône, diverse par la taille des exploitations et par les cultures, doit désormais faire face à de grands défis : s’adapter pour mieux gérer la ressource en eau, de moins en moins disponible, et être plus performante en termes énergétiques, tout en garantissant une production suffisante et de qualité.

Outre l’agriculture, d’autres secteurs d’activité ont besoin de moi : les centrales nucléaires utilisent mon eau pour refroidir leurs réacteurs ; les industries chimiques, pétrochimiques ou encore les cimenteries.

Tourisme et loisirs : je fais peau neuve

Après des décennies passées à me dompter, les hommes ont désormais envie de profiter aussi de mes atouts touristiques. Mes berges ont été réaménagées pour laisser place aux piétons et aux balades à vélo, rollers, etc. Kayakistes, nageurs, jouteurs et plaisanciers profitent aussi de mes eaux pour leurs loisirs. La ViaRhôna, véloroute qui relie le Léman à la Méditerranée, permet de découvrir, à son rythme, les territoires que je traverse.

De plus en plus de touristes découvrent aussi la beauté de mes paysages à l’occasion de croisières. De nombreux appontements ont été créés pour accueillir ces nouveaux paquebots qui voguent sur mes eaux.

Envisager l’avenir…

Gouvernance transfrontalière

À cheval sur deux pays, je ne suis pas à l’abri de tensions transfrontalières, accentuées par un changement climatique dont la plupart des acteurs n’avaient pas mesuré les conséquences. La forte indépendance des deux nations vis-à-vis de mes eaux doit encore trouver son expression juridique. Notamment pour donner un véritable cadre, en dehors des collaborations ponctuelles, et en prenant en compte tous les enjeux. La gestion de mes sédiments fait déjà l’objet d’une collaboration exemplaire depuis quelques années.

Le plan Rhône : projet de développement durable

Compte tenu des enjeux particulièrement importants que je porte à mes multiples usages et à la nécessaire solidarité entre l’amont et l’aval, la volonté politique d’un projet de gestion globale et interrégionale s’est faite jour. Sa création a été accélérée par les crues majeures de 2002 et 2003. Le plan Rhône est né. Si la définition d’une stratégie de prévention des inondations a été l’objectif initial, l’extension à d’autres thématiques s’est rapidement justifiée. Un second plan Rhône a été conclu pour la période 2015-2020.

Trois ambitions pour le Plan Rhône 

  1. Concilier la prévention des inondations et les pressions du développement en zone inondable ;
  2. Respecter et améliorer le cadre de vie des habitants ;
  3. Assurer le développement économique à long terme de ce territoire stratégique.

Il est organisé autour de six volets thématiques : patrimoine et culture, prévention des risques liés aux inondations, qualité des eaux, ressource et biodiversité, énergie, transport fluvial et tourisme.

Changement climatique : quelles conséquences ?

Malgré tous les efforts fournis pour utiliser mes ressources et profiter de mes charmes touristiques, je ne suis malheureusement pas épargné par le changement climatique. Ses effets impactent mon débit, la température de mon eau et l’augmentation d’événements extrêmes (étiages et crues sévères).

En 2017, par exemple, année de sécheresse sévère, mon débit moyen a été inférieur de 30% à celui des vingt dernières années.  La fonte des glaces est un des phénomènes qui m’affaiblissent particulièrement. Les spécialistes qui se penchent sur mon avenir estiment, qu’en hiver, la neige ne perdurera qu’en haute montagne et une plus grande évaporation des eaux diminuera mon débit annuel, ainsi que les étiages estivaux de nombreuses rivières.  D’ici 2050, j’aurai aura structurellement moins d’eau , de -10% à -s 40%. Ces effets climatiques susciteront de toute évidence des tensions entre mes usagers.

Pollution des eaux, attention danger !

Tout autour de moi, les activités industrielles se développent, les grosses agglomérations s’étendent, l’agriculture intensive et la proximité de grands axes routiers très fréquentés me fragilisent.

La présence de différentes substances a été identifiée, en particulier en aval de Lyon. Grâce à ma capacité à diluer, la contamination s’observe essentiellement dans les sédiments et relativement peu dans l’eau. C’est en revanche sur les organismes vivants que des effets ont été mis en évidence.

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centrales hydroélectriques de CNR

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km de voie navigable à grand gabarit entre Lyon et la Méditerranée

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prises d'eau pour l'irrigation

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Voyage sur le fleuve

 

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