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Point de vue les conclusions du Varenne agricole de l’eau et du changement climatique en France, par Anne-Claire Vial

Varenne agricole de l’eau et du changement climatique : une démarche à fort enjeu alliant souveraineté alimentaire et gestion pérenne des ressources

Par Anne-Claire Vial, Présidente

 d’ACTA – Instituts Techniques Agricoles, et membre IAGF

Le 1er février 2022, le gouvernement français dressait les conclusions du Varenne agricole de l’eau et de l’adaptation au changement climatique. Engagé durant neuf mois, ces travaux ont rassemblé les parties prenantes afin de bâtir une feuille de route opérationnelle pour le secteur agricole français.

Selon un rapport réalisé par France Stratégie à la demande du président de l’Assemblée nationale, « Pour une alimentation saine et durable », les défis de ce secteur sont en effet multiples et nécessitent des réponses nombreuses et variées, touchant tant à l’autonomie alimentaire, l’économie, le vieillissement de la population agricole, la faiblesse des revenus des métiers de l’agriculture, les impacts de l’agriculture sur la qualité des sols et des eaux et ses bénéfices en termes de santé publique notamment. La précarité alimentaire augmente en effet en France et l’accès à une alimentation saine devient difficile pour de nombreux ménages modestes.

Anne-Claire Vial qui a piloté le groupe de travail : « Renforcer la résilience de l’agriculture dans une approche globale en agissant notamment sur les sols, les variétés, les pratiques culturales et d’élevage, les infrastructures agroécologiques et l’efficience de l’eau d’irrigation » nous dresse le bilan de la démarche. Merci à elle pour cet éclairage !


Source : Ministère de l’Agriculture

Au printemps 2021, la France connaissait une vague de gel sans précédent après un hiver doux. Plusieurs centaines de milliers d’hectares de cultures étaient détruits, n’épargnant aucune culture. Cet épisode exceptionnel qui s’ajoutait aux constats déjà nombreux d’évolution du climat en France (avancée des dates de moissons et de vendanges de plusieurs semaines, augmentation de l’alcoolisation des moûts, perte de 50 % des surfaces de blé dur en 10 ans par effondrement des rendements, perte d’autonomie fourragère des élevages, etc.) fut un électrochoc. Le monde politique comme l’opinion publique mesurèrent qu’il fallait agir pour garantir la pérennité de nos agricultures.

C’est dans ce contexte que la France a lancé la réflexion très englobante et structurante du « Varenne agricole de l’eau et du changement climatique ». Son originalité est d’être conduite sous la double tutelle du ministère de l’Agriculture et de l’alimentation et du ministère de la Transition écologique.

La démarche du Varenne part d’une vision :

  • la souveraineté alimentaire est un enjeu stratégique pour une nation (« déléguer notre alimentation est une folie », selon le Président Macron, en mars 2020, au cœur de la crise de la Covid-19) ;
  • le défi climatique est l’un des plus grands défis auxquels l’Humanité est confrontée, impactant agriculture et biodiversité,

La démarche du Varenne, c’est aussi une méthode :

  • s’appuyer sur la Science pour objectiver le débat,
  • faire appel au monde de l’innovation pour trouver de nouvelles solutions,
  • écouter l’ensemble des parties prenantes pour arriver à une vision concertée et partagée.

Allier souveraineté alimentaire et gestion pérenne des ressources


Très englobante, la démarche du Varenne comprend trois axes d’étude :

Axe 1 – La gestion des risques et les politiques assurantielles d’accompagnement

Axe 2 – Les leviers agronomiques d’adaptation de l’agriculture au changement climatique

Axe 3  La connaissance de la ressource en eau et ses différents usages, aspects réglementaires et juridiques.

Très structurante, cette réflexion génère de nouveaux textes de loi, la modification de décrets existants, la signature d’une charte d’engagements réciproques entre les acteurs et le fléchage des financements d’accompagnement tant pour la recherche que pour des investissements, faisant appel à des fonds nationaux, régionaux et européens.

Les rendus les plus marquants du Varenne

Axe 1 – La gestion des risques et les politiques assurantielles d’accompagnement

Les sinistres exceptionnels relèveront de la solidarité nationale. Le Varenne encourage le développement d’outils d’anticipation des phénomènes météorologiques en lien avec Météo France et des outils d’aide à la décision d’orientation stratégique des modèles agricoles. Par ailleurs, il réforme complètement le système d’assurance multirisques climatique des agriculteurs.

Le point essentiel est la création d’un pool d’assurance ou de réassurance où l’État en serait membre de droit. Les données nécessaires à l’assurance seront partagées (sinistralité, rendement, tarification). L’objectif est qu’aucun agriculteur souhaitant souscrire ou qu’aucune production ne soient exclus du dispositif assurantiel.

Axe 2 – Les leviers agronomiques d’adaptation de l’agriculture au changement climatique

L’ensemble des 35 interprofessions[1] reconnues par le ministère de l’Agriculture français se sont engagées à se donner une gouvernance pour suivre l’adaptation au changement climatique et écrire d’ici à 2024 leur plan d’actions.

Treize diagnostics régionaux correspondant aux treize régions administratives françaises ont été réalisés (analyse SWOT) par les acteurs des territoires sous l’égide des Chambres d’agricultures. Dès 2022, ces acteurs vont étudier les solutions à envisager.

Une seule base de données va réunir l’ensemble des leviers à l’adaptation (déjà plus de 100 leviers recensés) avec 15 critères d’évaluations. Cette matrice est pilotée par un réseau de 30 experts du monde de la recherche finalisée, appliquée, de l’enseignement et du transfert. Elle est interopérable avec tous les centres de ressources agricoles existants.

Enfin l’État ouvre des procédures financières spécifiques comme les programmes et équipements prioritaires de recherche, des appels à projets permettant l’adaptation au changement climatique ou l’accompagnement des compétences de métiers d’avenir.

Axe 3 – La connaissance de la ressource en eau et ses différents usages, aspects réglementaires et juridiques

Les travaux renforcent les projets de territoire pour la gestion de l’eau, outil de planification concertée portant sur l’ensemble des usages de l’eau et donne un rôle-clé aux préfets, représentants de l’État dans les territoires. Des travaux vont être conduits à la fois pour étudier la réutilisation des eaux usées et la meilleure mobilisation des retenues existantes telles que les réservoirs hydroélectriques, et pour approfondir la connaissance des volumes d’eau prélevables en hiver.

A l’heure où un nouveau rapport du GIEC estime que désormais plus de 50 % de la population mondiale est « à risque » face au changement climatique, et qu’en Europe « des pertes substantielles sont attendues dans la majorité des régions », la France s’est donné une feuille de route avec la démarche du Varenne. L’enjeu sera de maintenir la mobilisation dans les mois et années à venir.

[1] L’Interprofession réunit l’amont et l’aval d’une filière en vue de la gestion et de la valorisation d’une production, comme les fruits et légumes, le vin, les céréales. Sur fondement du droit communautaire, elle est reconnue par une autorité publique.

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