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Température : 1,2 °C supplémentaire en 2020

La Ninã, qui normalement a pour effet de rafraîchir les températures n’aura pas suffi. L’année écoulée est l’une des trois années les plus chaudes jamais enregistrée, comparable à l’année record 2016.

L’information a fait peu de bruit, tant nos yeux et nos esprits sont occupés par la Covid-19. Pourtant, dans son rapport provisoire sur l’état du climat, l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) dresse pour 2020 un bilan très alarmant. L’augmentation des températures est indiscutable. Trois éléments de mesure étayent spectaculairement ce constat : en 2020, la température a augmenté en moyenne de 1,2 °C par rapport à l’ère préindustrielle. La décennie 2011-2020 est la plus chaude jamais enregistrée. Enfin, 2020 est l’une des trois années les plus chaudes (2016, 2019 et 2020), égalant ou presque l’année la plus chaude jamais observée : 2016. Or, « les années de chaleur record ont généralement coïncidé avec un fort épisode El Niño, comme ce fut le cas en 2016. La Niña a tendance à refroidir les températures mondiales, mais l’anomalie apparue cette année n’a pas suffi à freiner le réchauffement. Malgré cette anomalie, on enregistre déjà cette année une chaleur quasi record, comparable au précédent record de 2016 », a déclaré M. Petteri Taalas, Secrétaire général de l’OMM.

L’Accord de Paris vise à limiter le réchauffement climatique à +2 C par rapport à l’ère préindustrielle, de préférence à 1,5 C. Au regard des dernières constatations, « il y a au moins une chance sur cinq que [la hausse] dépasse temporairement 1,5 °C d’ici 2024 », a souligné M. Taalas.

Les effets de cette hausse des températures se sont fait sentir en 2020 partout sur la planète ; l’Argentine, le Paraguay le Brésil ont connu une grave sécheresse. Pertes agricoles, mais aussi incendies, notamment dans l’ouest du Brésil, ont suivi cette sécheresse. Aux États-Unis, les températures extrêmes, associées à une sécheresse généralisée sur l’ouest du pays, ont déclenché en été et à l’automne les plus grands incendies enregistrés sur les vingt dernières années.

 La confirmation par l’Organisation météorologique mondiale que 2020 est l’une des années les plus chaudes jamais enregistrées nous rappelle de nouveau brutalement que le changement climatique progresse à un rythme implacable, en détruisant des vies et des moyens de subsistance sur toute notre planète. Aujourd’hui, le réchauffement atteint 1,2 degré Celsius et nous assistons déjà à des phénomènes météorologiques extrêmes sans précédent dans toutes les régions et sur tous les continents. Nous nous acheminons vers une augmentation catastrophique de la température de 3 à 5 degrés au cours du XXIe siècle. Faire la paix avec la nature est la grande mission de notre siècle. Elle doit être la priorité absolue de chacun, partout dans le monde », a déclaré le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, António Guterres.

L’Arctique, et la Sibérie Arctique tout particulièrement, fait partie des régions les plus touchées, avec une augmentation de plus de 5 °C par rapport à la moyenne. En juin, la température a même atteint 38 °C en Sibérie, soit la mesure la plus élevée jamais enregistrée au nord du Cercle polaire. L’Arctique se réchauffe plus de deux fois plus vite que partout ailleurs, avec des impacts très importants pour la météo et le climat du reste de la planète. En septembre 2020, la banquise a atteint la deuxième superficie la plus basse jamais enregistrée, avec 3,74 millions de kilomètres carrés. Entre 1981 et 2010, la superficie moyenne de la banquise était de 6,3 millions de kilomètres carrés.

Une fonte à double détente

 

La fonte et la disparition de la banquise entraînent un cercle vicieux, un phénomène nommé l’amplification arctique : avec la disparition de la glace ou de la neige, la couverture blanche est remplacée par l’eau ou la végétation, qui, plus sombres, absorbent davantage les rayons du soleil. Cela entraîne une hausse de la température, qui occasionne la fonte.

Au Pérou, une autre fonte des glaces est à l’œuvre : au cours des cinquante dernières années, les 2 670 glaciers que compte le pays ont perdu plus de 51 % de leur surface. De nouveaux lacs se sont formés. La fonte des glaciers des Andes génère des risques d’inondations. Le retrait du glacier Palcaraju vient alimenter le lac Palcacocha, qui menace maintenant d’inonder la ville de Huaraz, menaçant 120 000 personnes.

En 2015, un fermier péruvien, Saul Luciano Lliuya, avait attaqué en justice la compagnie d’électricité allemande RWE. Dans le journal britannique The Guardian, il témoignait : « Depuis longtemps, mon père et moi pensons que ceux qui causent le changement climatique devraient participer à résoudre les problèmes qu’ils engendrent. Le Pérou est un pays pauvre et vulnérable. Les grands pollueurs, qui ont contribué au changement climatique devraient maintenant participer aux solutions à nos problèmes ». Une étude parue dans Nature Geoscience pourrait servir de base à ce type d’actions. Selon Rupert Stuart-Smith, principal auteur de l’étude : « [notre étude] montre que le réchauffement a provoqué le retrait du glacier Palcaraju, qui, à son tour, a augmenté le risque d’inondation. C’est crucial, car cela établit un lien direct entre les émissions et la nécessité de mettre en place des mesures de protection maintenant ».

Au Venezuela, le dernier des cinq glaciers tropicaux du pays est en train de disparaître. En 1910, le glacier du Pic Humbolt couvrait l’équivalent de 300 terrains de football. Il n’en reste aujourd’hui que 5. Les glaciers des Alpes eux aussi souffrent de l’augmentation des températures. Leur surface se réduit à vue d’œil. Éboulements, formation de lacs glaciaires, inondations… mais aussi, perte d’un grand volume de réserves d’eau. Sans compter la modification du régime des fleuves alpins, que la disparition des glaciers pourrait entraîner.

 

Faire des changements radicaux

 

Du fait de l’inertie de la machine climatique, « dans les deux ou trois prochaines décennies, le futur est déjà écrit : le réchauffement va se poursuivre » , indiquait au Monde Jean-Michel Soubeyroux , directeur adjoint de la climatologie à Météo France.

En janvier dernier, le climatologue Jean-Pascal van Ypersele, ancien vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) s’alarmait lui aussi dans les pages du Monde)  :

 Le travail et la vie dehors vont devenir insupportables dans des régions de plus en plus vastes et une part de plus en plus grande de la planète sera inhabitable. […] Les plus vulnérables, souvent les plus pauvres, seront les plus touchés mais les autres ne seront pas indéfiniment à l’abri. À la fin du siècle, dans un scénario d’inaction contre le dérèglement climatique, près des deux tiers de la population européenne pourraient être affectés chaque année par des événements climatiques extrêmes »

L’urgence d’agir est rappelée par tous. Reste à accepter d’entreprendre des changements radicaux. Pour le climatologue :

On peut encore éviter un réchauffement aux impacts insupportables pour la majorité de la population. On a le futur entre nos mains. […] On a déjà réalisé des choses qui paraissaient impossibles auparavant, comme abolir l’esclavage ou aller sur la Lune. Je crois en l’inventivité humaine et en la capacité de mobilisation face au danger. »

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