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Sécheresse : des prévisions contrastées pour l’été 2020

Malgré une situation inquiétante fin avril, la perspective d’une grande sécheresse pour l’été 2020 se fait moins présente pour la France. Pour la Pologne et les États-Unis en revanche, la situation est particulièrement préoccupante.

Fin avril, le journal américain Science a publié les conclusions des recherches de l’Earth Institute de l’université de Columbia. L’étude des climatologues américains montre que plusieurs états des États-Unis sont déjà en proie à une « méga-sécheresse » : une période de déficit hydrique qui court sur plusieurs décennies. Depuis les années 2000, dans 9 états de l’ouest américain, les réserves en eau ne se reconstituent pas suffisamment pour sortir de la sécheresse. Basée sur des modélisations hydrologiques et l’analyse de cernes d’arbres, l’étude porte sur plus de 1 000 ans et montre que l’ouest américain a connu sur cette période quatre épisodes de mega-sécheresse. Celle qui sévit aujourd’hui se démarque par l’étendue de son emprise, plus vaste que lors des épisodes précédents. Enfin, l’étude montre que la sécheresse actuelle est due en grande partie au réchauffement climatique et aux effets des activités humaines.

Depuis 2015, la Pologne connaît une sécheresse chronique, qui a atteint cette année de nouveaux records. L’hiver 2019-2020 a été le plus chaud enregistré depuis 1850 en Pologne, date de création des mesures météorologiques. Dès le mois d’avril, les agriculteurs ont constaté les dégâts, avec des prévisions de pertes dans les récoltes qui peuvent atteindre les 70 %, ce qui fait craindre à court terme une hausse du prix des produits agricoles. Et l’avenir n’offre que peu d’optimisme dans la mesure où l’Organisation météorologique mondiale (OMM) estime que dans les prochaines années, la Pologne ne connaîtrait plus que deux ou trois saisons, avec la disparition des hivers.

À l’occasion de la Journée de la Terre, le 22 avril dernier, l’OMM a publié son rapport final sur le climat mondial en 2015–2019. Ses conclusions sont claires :

La période 2015–2019 a été la plus chaude jamais constatée. La température moyenne de la planète a augmenté de 1,1 °C depuis l’époque préindustrielle et de 0,2 °C par rapport à la moyenne de la période 2011–2015. Depuis les années 1980, chaque décennie est plus chaude que la précédente (…). La température moyenne mondiale est susceptible de battre un record au cours de la prochaine période quinquennale (2020–2024).

Les prévisions pour la France restent, pour le moment, assez rassurantes par rapport à l’année dernière concernant un éventuel épisode de sécheresse cet été : le bulletin publié par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) en juin montre de nombreux secteurs en recharge excédentaires, où le niveau des nappes phréatiques est très haut. Certains secteurs toutefois souffrent encore des déficits des années précédentes, avec des nappes phréatiques dont les niveaux sont bas : la plaine d’Alsace, le couloir de la Saône, Rhône amont et moyen, l’est du massif central restent à surveiller.

Or, le niveau des nappes souterraines influe sur la santé des eaux de surface : fleuves, rivières et lacs. « En période d’étiage, 60 à 80 % de l’eau qui s’écoule est de l’eau souterraine. Si les nappes sont trop basses, elles ne peuvent pas alimenter suffisamment les rivières », explique Anne-Valérie Hau-Barras directrice régionale déléguée du BRGM pour la région Occitanie.

Le niveau de l’eau du cours d’eau et celui de la nappe alluviale sont interdépendants. En période de hautes eaux, de crue dans la rivière, ses eaux alimentent la nappe. À l’inverse, en période d’étiage, c’est la nappe qui alimente le cours d’eau. La nappe est également rechargée par les pluies qui tombent sur son bassin en hiver et au printemps. En été, la pluie est directement reprise par la végétation et l’évapotranspiration.

Des études ont montré que l’alimentation des fleuves par les nappes permet d’éviter plusieurs types de dégradations, comme la fragmentation des cours d’eau, l’élévation de leur température ou les modifications de la végétation.

Nous travaillons à des solutions basées sur la nature, selon le cycle naturel de l’eau, comme l’expérimentation de recharges guidées des nappes. Il s’agit par exemple de favoriser la réinfiltration de l’eau excédentaire en hiver et au printemps par des systèmes de canaux, afin de recharger les nappes et ainsi soutenir les débits des cours d’eau lors des étiages. Ces solutions s’accompagnent de mesures de désimperméabilisation des sols plus larges.

Là encore, revient la question des prélèvements de l’eau et de la conciliation des usages. Publié début juin, le rapport parlementaire de la mission d’information sur la gestion des conflits d’usage en situation de pénurie d’eau dresse le constat suivant dans son introduction :

Nous sommes déjà percutés par le choc climatique. L’évidence ne peut plus être niée : si nous pensions anticiper la nécessaire adaptation de notre gestion de l’eau aux bouleversements en cours, il est factuel que le choc des changements climatiques a déjà commencé. Les modifications des volumes de précipitations, leur concentration lors d’événements extrêmes, la modification de leur répartition géographique ou saisonnière, l’accroissement de la fréquence et de la durée des épisodes de sécheresse mettent en danger notre organisation sociale et économique, absolument désarmée face à ces changements profonds et durables. 

Après un état des lieux détaillé des causes et des conséquences des pénuries d’eau, les auteurs du rapport dressent l’inventaire des leviers à actionner pour éviter une guerre de l’eau : maintenir et développer les moyens alloués au recueil des données sur l’eau, inciter à la sobriété dans les usages de l’eau, définir une régulation collective de l’eau. Urgemment.

 

Pour des informations complémentaires, lire : Mieux connaître l’intermittence des cours d’eau grâce aux données de l’observatoire national des étiages “ ONDE ”, de Beaufort, Sauquet, Michon, Magand, Nowak, 2020

 

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