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Barrage de la Renaissance : d’intenses efforts diplomatiques pour la répartition des eaux du Nil

Depuis plus de huit ans, l’Egypte et l’Ethiopie s’opposent sur la construction du grand barrage de la Renaissance à l’initiative de l’Ethiopie (cf précédent article). Les rencontres au sommet se multiplient pour éviter que les tensions ne débouchent sur une guerre de l’eau, aux conséquences catastrophiques pour les populations.

Un méga-barrage

Photo : Gioia Forster/dpa

Ce barrage devrait commencer à produire de l’électricité d’ici fin 2020 et devenir complètement opérationnel d’ici 2022. Son gigantisme est tant financier – 4 milliards de dollars d’investissement – que technique : 145 mètres de haut ; 70 milliards de m3 de capacité de réservoir d’eau et 6 000 MW de capacité de production. Il sera le plus puissant barrage hydroélectrique d’Afrique. Le problème : construit sur le Nil Bleu, en amont de Khartoum, il risque de priver l’Egypte d’une partie du débit du fleuve. Dépendant de plus de 85 % du Nil pour son approvisionnement en eau, le pays « don du Nil » et ses 100 millions d’habitants craignent de connaître une situation de désert et ses dirigeants évoquent « une question de vie ou de mort ». Le Soudan réclame lui aussi sa part d’eau et d’électricité.

Un nouveau rapport de force régional

Ce projet hydroélectrique a ainsi relancé le débat sur le partage de la ressource en eau. Long de 6 650 kilomètres, le Nil traverse dix pays africains et son bassin couvre plus de 3 millions de km2. Il apporte l’eau nécessaire à l’agriculture, à l’industrie et aux habitants (en savoir plus sur le fleuve).

L’Egypte a longtemps revendiqué un « droit historique » sur le fleuve, garanti par une série de traités depuis 1929. A l’époque, l’Egypte avait obtenu un droit de veto sur la construction de projets sur le fleuve. En 1959, après un accord avec Khartoum sur le partage des eaux, l’Egypte s’attribue un quota de 66 % du débit annuel du Nil, contre 22 % pour le Soudan. Mais le rapport de force s’est désormais inversé. L’Ethiopie, puissance régionale émergente et deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, veut son autonomie énergétique pour assurer son développement.


En 2010, un nouveau traité est signé par les pays du bassin du Nil, en dépit de l’opposition de l’Egypte et du Soudan. Il supprime le droit de veto égyptien et autorise des projets d’irrigation et de barrages hydroélectriques.

Les travaux du barrage de la Renaissance sont lancés en 2011 mais ont été interrompus en 2018 en raison de la tension diplomatique croissante, avant de reprendre. Depuis, les rencontres se succèdent pour trouver un accord acceptable par les trois pays, qui proclament « le besoin de partager une seule et unique vision au sujet du barrage, faisant prévaloir le principe de non-atteinte aux intérêts des trois pays, dans le cadre du bien commun ». Mais l’Egypte continue de réclamer un minimum annuel garanti de 40 milliards de m3. Elle recourt à la médiation internationale : le 6 novembre 2019, une rencontre ministérielle entre l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie a eu lieu à Washington, sous la médiation du président américain Donald Trump. Les trois pays se sont donnés jusqu’à janvier 2020 pour parvenir à un accord. Trouver un accord aujourd’hui, plutôt que d’attendre que le projet soit achevé, semble raisonnable, tant les conséquences humanitaires d’un conflit sur le Nil seraient graves.

De la source et de l’âge du Nil

Lac Tana, à la source du Nil Bleu

La répartition des eaux du Nil n’est pas le seul sujet d’incertitude, même si c’est le plus sensible. Du temps des explorateurs déjà, on s’interrogeait sur la source du Nil et l’origine de ses crues, dans cette région si aride. On savait depuis longtemps que deux immenses cours d’eaux s’unissaient pour former le Nil et que la ville de Khartoum s’était installée à leur confluence. Plus tard, on a pu affirmer que le Nil qualifié de bleu pour la couleur sombre de ses eaux vient bien du lac Tana, en plein cœur du haut plateau éthiopien tandis que le Nil baptisé Blanc pour sa clarté venait du Rwanda. La rivière éthiopienne Atbara est le troisième affluent.

Photo by ASHRAF SHAZLY / AFP

Tout récemment, une équipe internationale spécialisée en géologie et en géophysique a tenté de déterminer depuis combien de temps le cours du Nil est stable, en étudiant les sédiments sur le terrain et en faisant une simulation numérique des évolutions du paysage fluvial. Les résultats de leur étude, parus mi-novembre dans la revue scientifique britannique Nature Geoscience, avancent le chiffre de 30 millions d’années pour le Nil Bleu. Soit une ancienneté beaucoup plus grande que ce que l’on croyait (6 millions d’années). 

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