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Climat, eau, biodiversité : l’unité du vivant

IAGF a réuni pour la première fois ses experts en Asie, sur invitation de la Commission de Conservation du Fleuve Jaune (YRCC), en octobre dernier. A la tête d’une délégation d’une quarantaine de personnes, Erik Orsenna, président de l’association, a salué lors de la clôture de la conférence les grands progrès accomplis pour maîtriser le fleuve. Connu pour ses crues dévastatrices et depuis peu pour sa sécheresse, le Fleuve Jaune ne tue plus. Mais une nouvelle bataille est engagée pour préserver les milieux aquatiques. La Chine prouve que l’efficacité est possible, alors que l’urgence est là. Reste à bien en connaître les conditions pour un progrès partagé. Et à aller plus loin dans les solutions, pour un fleuve qui apporte davantage de vie. Voici les principaux enseignements tirés de nos échanges à partir du cas du Fleuve Jaune et des autres exemples apportés du monde entier.

Les conditions de l’efficacité

  • S’attaquer aux causes plutôt qu’aux conséquences

Arrêter de se battre sur les conséquences pour en revenir aux causes, en tenant compte de l’évolution générale du dérèglement climatique et de l’anthropisation, est une première condition de l’efficacité. Il faut comprendre l’origine des problèmes pour éviter les demi solutions. La quantité d’eau disponible dans les fleuves du monde sera de moins en moins importante, tandis que les phénomènes extrêmes seront de plus en plus nombreux. A quoi bon élever des digues si aucune action ne vise à limiter l’érosion des sols ? Le travail mené à une échelle gigantesque sur le Plateau de Loess, sur le cours moyen du Fleuve Jaune, montre à cet égard la formidable capacité de résilience de la Nature.

  • Choisir la bonne échelle spatiale et temporelle

Il faut toujours intégrer davantage. A l’inverse, le morcellement est synonyme d’appauvrissement. Cela est vrai d’un point de vue spatial : la bonne échelle est celle du bassin de vie, recouvrant à la fois l’amont et l’aval, de la source à l’embouchure, au sein d’un même pays ou entre pays. L’autre échelle est temporelle, car il importe d’obtenir des résultats rapides. Nous n’avons plus le temps d’être lents ! Mais il faut résister à la tentation de tout changer et conserver l’essentiel, en retenant les leçons de l’histoire. L’échelle du temps nous oblige aussi à accompagner nos décisions pour le futur. Par exemple, la classification en zones protégées ou la démarcation de lignes rouges ne suffisent pas en soi et doivent être suivies de mesures de protection sur le terrain et de plans de gestion, sans quoi la biodiversité continuera de diminuer. C’est le constat fait dans le bassin méditerranéen pour 40% des aires protégées.

  • Simplifier la gouvernance, en dépassant la fragmentation institutionnelle

L’intégration doit aussi être politique. La biodiversité est une problématique globale qui se heurte aujourd’hui en Chine, mais aussi dans de nombreux autres pays, aux réalités administratives qui affaiblissent la gestion, empêchent un bon partage des données pour aider à la décision, diluent les responsabilités.

Il faut simplifier la gouvernance pour une gestion intégrée de la ressource en eau. Il importe aussi de mieux expliquer et de lancer des mécanismes d’appropriation.


C’est le défi à venir pour la Chine, afin d’associer toutes les parties prenantes à la gestion du fleuve, comme le reconnaît le Professeur Wan Yi, Vice-Président de l’Institut des Sciences et du Développement de l’Académie des Sciences de Chine : « Pour le futur, l’enjeu consiste à construire un mécanisme de gouvernance globale intégrant les différentes parties prenantes pour prendre les décisions et un mécanisme d’exécution des plans d’action. Enfin, les actions mises en œuvre doivent ensuite faire l’objet d’une évaluation scientifique et d’un système de surveillance au niveau de la société civile. »

  • Lutter contre la tentation de vouloir tout dominer

Les fleuves ont toujours été travaillés par la main des hommes mais il faut savoir fixer une limite à la volonté de puissance. Remplacer la domination par du partenariat entre l’Homme et la Nature semble la meilleure stratégie pour le long-terme, en recourant notamment aux Solutions fondées sur la nature.

Les conditions de la durabilité

  • Aménager l’espace de manière harmonieuse

La moitié de la population mondiale vit dans les villes, bientôt les deux-tiers. Créer une civilisation écologique signifie donc de créer aussi une civilisation urbaine, en tissant de meilleures relations entre les fleuves et les villes pour une bonne qualité de vie. Les fleuves sont une petite partie de la relation entre Ville et Nature, aujourd’hui peu valorisée en Chine. Ses grandes villes sont fortement polluées, très concentrées. Elle pourrait trouver des modèles à suivre en Europe, à Copenhague ou Hambourg.


La Chine pose également la question de l’aménagement du territoire, avec une forte migration intérieure des zones rurales de l’ouest vers les zones industrielles et urbaines de l’est. Les autorités commencent d’ailleurs à prendre conscience des effets négatifs de ces territoires vidés de toute présence humaine ou laissés aux personnes âgées, en développant de nouvelles politiques de revitalisation rurale.

  • Renaturer sans dévitaliser

Gérer la fragilité ne signifie pas préserver à tout prix la nature en excluant les activités humaines.

Qu’en sera-t-il de la sécurité et de l’indépendance alimentaires de la Chine dans l’avenir si les surfaces agricoles ne font que diminuer, si la majorité des paysans migre dans les villes et la culture rurale disparaît ? Les terres arables servent d’habitat à près de 80 % de la biomasse, elles alimentent les eaux souterraines et filtrent le carbone. Ne faut-il pas alors faire évoluer les pratiques dans certains territoires ou éduquer les populations plutôt que d’exclure systématiquement ?


  • Maintenir l’équilibre entre les écosystèmes

Le danger en Chine pourrait être celui d’une crise de la biodiversité, non plus par la disparition des écosystèmes mais par l’absence de diversité. Les opérations de reboisement favorisent-elles la biodiversité, au-delà de la conservation des sols ? Il faut éviter les monocultures et trouver un équilibre entre la forêt, les prairies ou encore les terres cultivées. Cela suppose de connaître, par le partage des données, et de savoir, par la formation.


 Depuis le bassin du Fleuve Jaune, nous avons compris l’immense défi qu’exige le vivant : le partenariat.

  1. Partenariat entre l’homme et la nature : la biodiversité renvoie à la biodiversité de tous les vivants, dont les humains. La biodiversité ne doit pas se limiter à la seule protection des espèces mais embrasser la dynamique de la relation entre les Hommes et les milieux.
  2. Partenariat entre pays pour écrire une histoire commune : pour que la Chine ou d’autres pays en développement ne reproduisent pas des erreurs commises ailleurs et pour que les nuisances contenues dans un pays ne soient pas exportées ailleurs, comme c’est le cas pour le plastique, la coopération doit être tissée au niveau international.
  3. Partenariat entre savoirs : données environnementales doivent être croisées avec des données sociétales, historiques, géopolitiques, géographiques… pour mener avec succès les transitions. Il semble nécessaire de rassembler les données, les expérimentations et les évaluations entre pays pour construire ensemble les savoirs nécessaires aux transitions.

Si nous ne soignons qu’une partie de la planète et que nous transférons le mal ailleurs, si nous respectons l’environnement chez nous tout en laissant la situation se dégrader ailleurs, nous ne pouvons que subir un flux de retour négatif. Nous sommes en effet des Géonautes, c’est-à-dire que nous partageons un seul et même vaisseau.

Erik Orsenna

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