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Laos : un projet de nouveau barrage sur le Mékong critiqué

Le Laos va construire sur le Mékong un nouveau barrage qui sera exploité par la Chine, malgré les critiques des écologistes et des populations locales qui dénoncent l’impact néfaste sur l’environnement et un manque de concertation.

 

Un nouveau projet d’un vaste programme de développement

Depuis plusieurs années, le gouvernement laotien a entrepris une politique de développement hydroélectrique d’envergure dans le bassin du Mékong avec une ambition : faire du pays la batterie électrique de la région, en exportant l’électricité produite vers le Vietnam et la Thaïlande en particulier. Ce programme table sur un total de près de 22 000 MW de puissance hydroélectrique supplémentaire installée d’ici à 2030. Le dramatique accident survenu en 2018 n’a finalement pas marqué de coup d’arrêt. 

Ce nouveau projet est celui du barrage de Sanakham, à 150 kilomètres au nord de la capitale Vientiane. Sa construction devrait débuter cette année et l’équipement produira 684 mégawatts d’électricité en 2028, date envisagée de sa mise en service. D’un coût évalué à 1,92 milliard d’euros, il va être exploité par le géant étatique chinois China Datang Corporation. Sanakham est le sixième d’une série de neuf barrages prévus sur la partie laotienne du Mékong, dont deux ont déjà été mis en service ces derniers mois. Les principales critiques viennent des organisations environnementalistes qui s’inquiètent de l’effondrement des stocks de poissons et de la baisse du niveau du fleuve, provoqués selon elles par ces barrages en amont, qui altèrent le débit naturel. Long de près de 5 000 kilomètres, le Mékong traverse six pays – Chine où il prend sa source, Cambodge, Laos, Thaïlande et Myanmar et Vietnam, avant de se jeter dans la mer de Chine méridionale –. Il constitue un élément naturel vital pour 60 millions d’Asiatiques qui vivent de l’agriculture et de la pêche. Il est le refuge, après l’Amazone, de la biodiversité aquatique la plus importante du monde avec 1 300 espèces de poissons.

Source : les cartes du monde


Une étude qui a cristallisé les oppositions

Mi-avril, une étude financée et réalisée par la société américaine Eyes on Earth pour le Partenariat pour les infrastructures durables et la Lower Mekong Initiative a mis le feu aux poudres. Elle accuse la Chine d’avoir retenu en 2019 de grandes quantités d’eau en amont du Mékong, ce qui aurait aggravé la sévère sécheresse qu’ont connu les pays d’Asie du Sud-Est. La Chine a construit son premier barrage sur le Haut Mékong dans les années 1990 et gère actuellement 11 barrages. Ils contribueraient à la baisse des débits du fleuve en aval – Laos, Thaïlande, Cambodge et Vietnam. Selon les auteurs du rapport, le Bas-Mékong a enregistré « certains de ses niveaux les plus bas jamais observés pendant la majeure partie de l’année ». La Chine a rejeté le rapport scientifique, affirmant que « le débit sortant de Lancang (nom du fleuve Mékong sur la partie chinoise) a un impact très limité sur le volume global du Mékong, car le ruissellement dans les cours inférieurs dépend principalement des précipitations et des contributions des ramifications des rivières ». Elle assure faire son possible pour garantir un rejet raisonnable de l’eau.

La MRC – Mekong River Commission, organisme intergouvernemental comprenant le Cambodge, le Laos, la Thaïlande et le Vietnam – a déclaré, de son côté, que « davantage de preuves scientifiques étaient nécessaires pour conclure que la sécheresse de 2019 était en grande partie causée par le stockage de l’eau dans les barrages du Haut-Mékong ». Néanmoins, la Commission a également appelé de nouveau à partager davantage les informations entre les pays parties prenantes, y compris la Chine.

Au-delà de cette étude, c’est donc bien plus globalement l’impact sur l’environnement et la sécurité alimentaire des populations du millier de barrages le long du Mékong et ses affluents qui pose question. À ce titre, la décision du ministère cambodgien des Mines et de l’Énergie de ne plus construire dans les dix ans à venir de nouveaux barrages hydroélectriques le long du Mékong peut constituer un point de rupture. Alors que le gouvernement avait annoncé un plan de construction de deux nouveaux barrages, la décision a été prise de stopper ces projets aux vues des résultats de l’étude d’impact environnemental.

 

 

 

 

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