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L’eau au cœur des tensions entre le Mexique et les Etats-Unis

La prise de contrôle d’un barrage par des fermiers mexicains protestant contre la dette hydrique de leur pays envers les États-Unis, illustre le renforcement des tensions autour de la question de l’eau dans un contexte de raréfaction de la ressource.

 

Un conflit révélateur

En octobre dernier, des agriculteurs ont pris le contrôle du barrage de la Boquilla, situé sur la rivière Conchos, affluent majeur du Rio Grande. Cette occupation visait à empêcher la livraison d’eau due par le Mexique aux Etats-Unis, comme prévu par les traités.

Après une année extrêmement sèche, les exploitants agricoles ont peur de manquer d’eau pour les récoltes à venir. L’agriculture est centrale pour ces communautés : sans eau, leur seule source de revenus est mise en péril. Alors, face à une situation qu’ils considèrent comme désespérée, certains d’entre eux ont décidé de prendre les armes et de s’opposer à la Garde Nationale, en charge de la surveillance du barrage depuis le mois de février.

 

Le bas du bassin du Rio grande, avec l’affluent Conchos

Les tensions dans l’État de Chihuahua, responsable de la livraison au voisin américain, n’ont fait qu’augmenter au cours des derniers mois. Des bâtiments officiels ont été brûlés, des voitures détruites et des grands axes ferroviaires ont été bloqués. Les revendications des manifestants se sont heurtées à un gouvernement bien décidé à honorer ses engagements et peu enclin à engager un bras de fer avec l’administration américaine. La détérioration de la situation a conduit à la mort d’une manifestante.

Ce conflit entre agriculteurs et l’État révèle plusieurs dysfonctionnements dans la gestion de l’eau locale : surconsommation de certains gros exploitants ; système hyper centralisé ne donnant pas la voix aux petits agriculteurs, infrastructures vieillissantes… Il revêt aussi une dimension diplomatique.

 

Traités anciens et nécessité d’adaptation

Les négociations entre les États-Unis et le Mexique concernant le partage des eaux sont anciennes, avec des traités datant de 1906 et 1944, et concernent deux fleuves : le Rio Grande et le Colorado.

Ces traités prévoient la quantité d’eau que les États-Unis doivent au Mexique et inversement. Les accords intègrent des instruments de flexibilité, avec la possibilité pour les États-Unis de réduire les livraisons en cas de sécheresse, et un fonctionnement en cycle de 5 ans, qui permet au Mexique d’organiser la livraison en fonction des capacités du pays chaque année. Cependant, le Mexique a souvent été au-delà des délais. Ces retards répétés ont mis de l’huile sur le feu dans les relations avec le voisin Texan.

La crise de cette année a finalement abouti à un arrangement de dernière minute, juste avant la date de livraison du 24 octobre. Le nouvel accord prévoit un calendrier de livraison encore plus flexible pour le Mexique et l’autorisation de fournir l’eau depuis d’autres sources, diminuant la pression sur le Chihuahua. Celui-ci sera d’ailleurs aidé par les États-Unis en cas d’urgence causée par la sécheresse.

Malgré les tensions, les deux États ont donc montré leur capacité à coopérer efficacement. Dans le cas du Colorado, les renégociations de 2012 et 2017 (Minute 319 et Minute 323) ont permis de développer des solutions innovantes pour optimiser le partage de la ressource, et ce en incluant des dispositions environnementales.

Néanmoins, l’élévation des températures, la récurrence des sécheresses et l’augmentation de la pression démographique autour des fleuves rendent nécessaires de nouvelles adaptations des deux côtés de la frontière. Parmi lesquels, le changement des pratiques agricoles et plus globalement l’optimisation de l’usage de l’eau ; les régulations et le contrôle de l’utilisation des eaux souterraines ou encore l’introduction de processus consultatifs sur la gestion de la ressource.

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