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Témoignages de nos partenaires - 8ème session internationale

Que retenez-vous des travaux d’IAGF et quelle suite y donnerez-vous ?

Notre session a été organisée avec l’Institut Pasteur de la Guyane, membre d’IAGF et avec la collaboration de la Préfecture de Région, l’ARS Guyane et la Collectivité territoriale de Guyane.

Voici leurs premiers témoignages à l’issue de cette session.

Frédéric Bouteille, Sous-Préfet aux communes de l’intérieur, Préfecture de la région Guyane

Que retenez-vous du passage de l’IAGF sur le territoire guyanais ?

Le passage de la délégation d’IAGF en Guyane a représenté une réelle occasion pour les acteurs du territoire de prendre du recul sur les sujets du quotidien que sont l’environnement, la santé ou encore l’inclusion sociale. Je voudrais remercier chaleureusement IAGF d’avoir fait le choix audacieux de la Guyane et du fleuve Maroni pour son déplacement et ses travaux.

L’immersion des membres de la délégation dans de ce territoire complexe a véritablement permis de confronter la réalité guyanaise aux expériences internationales les plus diverses. Il en ressort notamment qu’au-delà des spécificités historiques et culturelles du Maroni, les structures induites par la vie sur le fleuve sont largement comparables à celles que l’on observe au Sénégal, en Australie ou encore au Canada. La présence de populations autochtones, ou le caractère transfrontalier du fleuve sont en effet des situations plus répandues qu’il n’y paraît en première analyse, et il est précieux de pouvoir confronter les différentes approches en la matière.

En Guyane, il est au moins une activité très particulière sur ce fleuve, c’est l’orpaillage ; quel est l’impact de cette activité sur le fleuve et la santé des populations ?

L’orpaillage en Guyane a des racines anciennes puisqu’on y exploite l’or depuis la moitié du XIXe siècle. Toutefois, depuis le début des années 2000 et la hausse spectaculaire des cours sur le marché mondial, cette activité connaît un essor important et l’activité minière est devenue la deuxième activité industrielle en valeur à l’exportation de la Guyane derrière l’industrie spatiale.

Le fleuve Maroni est particulièrement touché par les activités d’orpaillage illégal qui exploitent l’or alluvionnaire au moyen de barges gigantesques qui modifient le lit primaire du fleuve, ou de motopompes qui ravinent les berges des affluents et accroissent la turbidité des eaux de manière dramatique pour la faune aquatique. A cela s’ajoute une pollution au mercure utilisé en abondance pour agréger les paillettes d’or, et que l’on retrouve dans toute la chaîne alimentaire sur le fleuve. Les populations qui vivent traditionnellement par le fleuve, d’origines amérindiennes ou bushinengué, sont directement touchées par ces pollutions. S’ajoutent à ces nuisances directes, le cortège de criminalité qui entoure inévitablement l’orpaillage illégal, et la difficulté de faire émerger des alternatives à une activité aussi lucrative, pour un développement socio-économique durable.

Quelle est la stratégie de l’État pour lutter contre ce fléau ; et dans quelle mesure IAGF a enrichi la réflexion sur le sujet ?

Les caractéristiques géographiques du territoire rendent difficile le contrôle de cette activité et la stratégie de la lutte contre l’orpaillage illégal consiste à harceler sans relâche les orpailleurs illégaux afin de renchérir les coûts de production. L’État s’est donné les moyens de lutter efficacement contre ce phénomène en prenant le problème dans toutes ses dimensions au travers d’un état-major de lutte contre l’orpaillage et la pêche illicite (EMOPI) chargé de coordonner tous les acteurs de cette mission.

En effet, si l’action répressive, de la gendarmerie et des forces armées de Guyane, est centrale, il est indispensable d’approfondir la collaboration avec nos voisins, surinamais et brésiliens, et de développer les alternatives économiques aux activités liées à l’orpaillage illégal. Ceci implique des efforts diplomatiques et la mobilisation de tous les leviers socio-économiques dans l’intérieur de la Guyane. Par ailleurs, l’association des populations elles-mêmes à la lutte contre ce fléau, est une condition sine qua non de l’efficacité des politiques menées en la matière. C’est la raison pour laquelle une réserve opérationnelle adaptée a été initiée l’été dernier, pour permettre aux jeunes issus des communautés de s’engager dans cette voie.

Les bases culturelles ou sociales de la Guyane sont très éloignées des standards hexagonaux et imposent une adaptation et une innovation permanentes dans l’approche des situations. La délégation d’IAGF, lors de la restitution en préfecture des conclusions de ses travaux, a participé activement à cette réflexion en traçant des perspectives en matière de mines durables, et d’instances de collaboration transfrontalière, basées sur des expériences internationales.

Je retiens également la proposition d’un travail autour des religions et des croyances en pays amérindien et bushinengué, qui représentent un autre aspect de la compréhension des enjeux de ce territoire, et qui a été très peu documenté jusqu’à présent.

Mirdad Kazanji, Directeur de l’Institut Pasteur de la Guyane

C’est grâce à l’Association Initiatives pour l’Avenir des Grands Fleuves que pour la première fois la Guyane a accueilli cette rencontre. Elle a permis de réunir de nombreux gestionnaires de fleuves et spécialistes internationaux de l’eau, de la biodiversité et de la santé. Au cours de ces cinq journées, les échanges ont été très variés et très riches. En plus, les experts ont eu l’opportunité de visiter le fleuve Maroni à Saint-Laurent du Maroni où ils ont pris conscience de la complexité de ce fleuve et de l’histoire des peuples qui y habitent associés aux problématiques de santé.

Mais si l’objectif de cette session internationale était d’observer les liens entre un fleuve et la santé des hommes qui y vivent, d’autres sujets comme l’influence des activités d’orpaillage illégal sur la santé globale, la démographie galopante de cette région, l’influence des changements climatiques sur la santé, ont aussi une importance majeure pour la Guyane et pour toute la région amazonienne. Je pense que nous devons tous être responsables de la préservation de cet espace, très riche en culture et en biodiversité et construire ensemble un projet commun durable qui prenne en compte la santé des hommes mais aussi celle du fleuve et l’ensemble des écosystèmes environnants car ils sont intimement liés. 

Emilie Ventura, Conseillère Territoriale, Collectivité Territoriale de Guyane

Le désenclavement du territoire est l’objectif à atteindre pour que la Guyane soit maîtresse de son destin. Le fleuve Maroni porte des missions et des vocations multiples qu’il est nécessaire de mieux comprendre et gérer. Mesdames et Messieurs les congressistes, je vous remercie pour votre présence, pour votre vigilance face aux enjeux de ce vaste territoire et pour les pistes d’action que vous jugerez bon d’y adopter.

 

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